Derrière les mots... Lucas on 10 déc 2006 09:31 pm
Raphaël Confiant, celui qui ne répond pas…
Dans le Monde du 9 décembre, Raphaël Confiant (Un écrivain martiniquais) prend la plume pour répondre à la polémique qu’il a lui-même engendré en apportant son soutiens à Dieudonné. (Souvenez-vous, le comique de la fête des bleus-blancs-rouges)…
Un bonne grosse page, décorée par une publicité pour le hors série de Télérama sur l’Egypte et rien… Pas un mot convaincant sur sa prise de position… Juste quelques idées balancées un peu pelle-mêle…
Pourtant, j’avais bon espoir de le voir justifier son petit délire sur les Juifs qu’il avait renommé les “Innommables”, mais non… rien… l’écrivain n’assume pas…
Au contraire, il s’allie presque avec la cause juive contre un même ennemi : L’occidental.
Occidental dont il fait, de force, partie… Puisqu’il est quand même Français (le garçon réclame l’indépendance)…
Et occidental, Israël (qui n’a rien appris de ses erreurs passées) en fait maintenant partie, de l’aveu même de “tel ministre israélien des affaires étrangères”.
Les occidentaux qui sont en fait les blancs… les seules “non-victimes” de l’Histoire…
“Après avoir <<Massacré l’homme partout où elle l’a rencontré>> selon l’expression de Frantz Fanon dans Les damnés de la Terre, voici qu’aujourd’hui l’Europe se drape avec avec son rejeton états-unien dans la toge de l’antiracisme et du philosémitisme (NdLucas : Le mot est absent de mon dictionnaire mais voudrait dire selon Wikipedia : Le philosémitisme est une attitude favorable envers les Juifs, en raison de leur religion, de qualités attribuées collectivement aux Juifs, et de leur statut de peuple élu de Dieu, selon les différentes religions issues de la Bible.) ! Il y aurait de quoi sourrire de cette posture si elle n’était pas tout à la fois outrecuidante et scandaleuse. C’est comme si Guy George, libéré avant terme, cherchait à faire la morale à l’épicier du coin !”
Il est vrai que l’Europe aurait dû “continuer” à génocider et assassiner, esclavagiser encore…
Raphaël Confiant aime à définir les peuples (pour ne pas dire bien souvent races) comme des entités uniques… Les blancs sont donc de faux anti-racistes, les noirs de Martinique des indépendantistes qui souffrent de la colonisation, les juifs des “innommables”……..
Pour quelqu’un qui défend Dieudonné (le pourfendeur des communautarismes), je ne vois pas discours plus… communautariste justement !
Évidement, l’occident est philosémite (comme il est doux d’avoir le statut de victime) et l’Europe alliée de cynisme des États-Unis…
Nous sommes tous des enfants de colons, imprégnés de ce gène… Il est scandaleux de nous considérer anti-racistes ! Nous le sommes tous au fond… Nous sommes tous des colons, nous sommes tous des nazis…
Et pas seulement à cause de notre passé comme on pourrait le croire en lisant le texte de ce cher Confiant :
“Il y aurait de quoi sourire de cette posture si elle n’était pas tout à la fois outrecuidante et scandaleuse.”
Dans quel cas alors aurions-nous pu sourire ?
M. Confiant sourirait s’il n’y avait pas eu des millions de morts à cause de moi (finit le “nous”, je m’identifie)… Car même en l’absence de massacres faits de mes propres mains, je porte en moi ce gène de blanc qui fait que j’écrase les autres, j’assassine, j’esclavagise, je génocide…
Con de moi.
Crétin de lui.
on 21 déc 2006 at 13:36 1.khal torabully said …
Autour du premier festival international de la créolité
CREOLITE, COOLITUDE, CREOLISATION : LES IMAGINAIRES DE LA RELATION
par Khal Torabully
Les réflexions que j’ai pu lire ci et là sur la notion de la créolité
à Maurice, dans le sillage du festival créole, laissent enfin surgir
les prémisses d’un débat que nous aurions pu avoir depuis longtemps,
et qui aurait été salutaire dans ce pays “arc-en-ciel”, qui se vante
d’être le carrefour de toutes les civilisations (même si certaines
sont absentes de notre île).
Je ne prétends pas épuiser le sujet, mais je me permets de rappeler
mes propos publiés, il y a bientôt dix ans dans Week End, où je
parlais du code mosaïque, d’un désir de certains bien-pensants de
l’étouffer dans le non-dit et l’understatement, et de la nécessaire
complexité à prôner, par la coolitude, en matière identitaire, car
l’île est marquée par de grandes souffrances encore à discursifier…
En ce sens, créolité, coolitude et créolisation se doivent de
dialoguer.
Créole, une des définitions
Le mot créole, à lui seul, devrait indiquer ce qui est à l’oeuvre dans
ce terme, une fois dénoué de ses attaches ethniques, dans le contexte
mauricien. En effet, suivant une des étymologies de “créole”,
probablement d’origine portugaise, provenant de “crioulo”, repris en
criollo par les espagnols, en 1690, Furetière écrit : “CRIOLE : C’eft
un nom que les efpagnols donnent à leurs enfants qui font nez (né, je
rétablis l’orthographe) aux Indes”.
Comprenons cette définition : les Indes, ici, c’est le terme
reproduisant l’erreur de Collomb, qui pensait découvrir les Indes,
alors qu’il était aux Caraïbes. C’est, par extension, tout territoire
hors d’Europe, et pour moi, dans ma poétique, les Indes en voyage, un
espace de la diversité en mouvance, inscrit dans le discours de la
découverte et de l’imprévisibilité.
On comprend, dans la coolitude, comment le créole, qui est
l’européen/africain/mulâtre né hors de la terre ancestrale, acclimaté
à sa terre d’accueil, devient un créole, un “autre” en quelque
sorte…
Est créole, par extension, tout être qui naît loin de ses terres
d’ancêtres ou tout être entré en relation avec d’autres cultures, au
point de donner d’autres configurations à la culture/aux cultures
d’origine. En ce sens-là, nous sommes tous créoles à Maurice.
On pourrait arguer que le débat s’arrêterait là, s’il n’y avait la
créolisation, concept mis en avant par Édouard Glissant, pour mettre
l’accent sur le processus de la mise en relation entre cultures
différentes, sans qu’aucune ne soit prédominante et sans que ce
processus ne reçoive un terme. En effet, Glissant considère la
créolité,
au vu de certaines de ses configurations sociales, politiques et
culturelles, comme “une espèce de régression” de la créolisation. La
coolitude s’efforce donc à fluidifier l’égalité dans la mosaïque
créole qui est à mettre sur le métier à “métisser”, et à restituer le
processus à son mécanisme, tout en prenant soin de discursifier une
mise en relation encore à établir.
Réflexions sur des articles parus au lendemain du Festival Créole
DÉCRYPTAGE, un article de Rabhin Bunjun, publié dans l’Express du 3/12
/06 dit bien les interrogations soulevées par les termes créoles et
créolité à Maurice. D’abord Bhujun dit son étonnement de recevoir une
carte en créole de la part de l’état mauricien, pour “une
conférence « lor tem : ki kreolite ? ». Ce qui l’interpelle, c’est la
langue créole accolée aux symboles du pays. A partir de ce choc,
l’auteur se tourne vers une autre facette du signifiant “créole” :
l’identité ethnique d’un groupe de mauriciens, faisant partie de la
population générale.
Cette dichotomie : langue commune, lingua franca opposée à l’identité
restrictive interpelle Bhujun : “Car malgré les mille définitions que
donnent dictionnaires, encyclopédies et recherches universitaires du
mot créole, aucune ne sonne juste. Aucune ne semble correspondre à
cette réalité si complexe que nous vivons à Maurice”.
Oui, dans cet écart, s’induit une relation obligée avec la complexité,
en conflit avec les identités ataviques, dites transparentes, pures ou
simples, et même avec les facettes créoles d’autres espaces
géographiques. Bhujun se pose la question de savoir si on est créole
avec “un peu de sang d’esclave d’Afrique”, par “un certain type de
comportement”, “une habitude alimentaire”, et de demander, de façon
péremptoire : “Ne sommes-nous pas tous créoles à Maurice ?” La réponse
à cette interrogation : “sacrilège”, “impensable », pour “le bon
hindou, de souche indienne pure”, ou pour la personne “dont
l’ascendance européenne ne fait aucun doute”.
La pierre d’achoppement provient du fait que le mot créole/créolité
s’articule, dans l’inconscient collectif (l’est-il tant que cela ?),
avec l’impur ou l’inférieur. Et Bhujun redit ici “une réalité
profonde, indéniable”. Et de persister : “Chaque Mauricien porte en
lui sa part de « créolité »”. L’on comprend qu’il affaiblit
l’acception ethnique au profit du sens de ce qui constitue un pan de
la mauricianité, et qui n’est pas posé nommément : la créolisation,
c’est-à-dire, une créolité qu’il place volontiers en guillemets, pour
faire ressortir tout ce qui a été “acclimaté” en nos modes de vie,
nos modes de parler et de penser, et qui s’ouvre aux diversités, sans
exclusive aucune. Créolité, créolisation et coolitude sont en relation
ici.
Fort de ce constat, Bhujun se livre à un inventaire de la “créolité” :
l’humour, le quotidien d’une famille, une chanson des Bhojpuri Boys
(1), qui est ni “séga” ni musique « indienne » (l’auteur place ces
guillemets). Il ajoute à l’aune de la “créolité” le fait de préférer
un
« chatini de chevrettes » à un bout de “saumon fumé insipide” (je
pense que le saumon fumé peut aussi être “créole”, mais c’est un autre
débat).
D’un point de vue identitaire, donc, dans l’identité-corail, tous se
reconnaissent : “Nous sommes tous créoles, comme nous sommes tous
Européens ou Indiens”. On pourrait tout aussi bien ajouter : chinois,
espagnols, juifs, arabes, inuits, aborigènes…
Ce qui est significatif, c’est que Bhujun reprend le credo de la
coolitude, que j’ai le plaisir de partager avec la “créolité” :
Coolitude non seulement pour la mémoire… mais aussi pour ces valeurs
d’hommes que l’île a échafaudées à la rencontre des fils d’Afrique de
l’Inde de Chine et de l’Occident.
Pour moi, la seule patrie rêvée est celle de la grande fraternité…
de la réconciliation.
Coolitude : parce que je suis créole de mon cordage, indien de mon
mât, européen de la vergue, je suis mauricien de ma quête et français
de mon exil.
Je ne serai toujours ailleurs qu’en moi-même parce que je
ne peux qu’imaginer ma terre natale….” (2), car établir sa référence
à une identité n’empêche pas une relation ou identification avec une
autre, ou à autant d’identités que la personne peut mettre en présence
avec la sienne propre.
Les propos de Bhujun sont sensés, car loin de promouvoir des idées
sectaires, réductrices des “identités meurtrières”, il réclame la
reconnaissance du partage, et demande ce que j’ai toujours souhaité :
que le 2 novembre, “le jour anniversaire de l’arrivée des travailleurs
engagés à Maurice doit devenir une date à laquelle les Mauriciens
réfléchissent sur leurs origines et le parcours de leurs aïeux”. On
comprend bien que Bhujun conjoint ici deux impératifs pour un pays qui
n’a pas encore regardé son peuplement divers et son Histoire bien en
face : une démarche ontologique (retour aux « sources », aux
“origines”) et une réflexion sur le parcours des ancêtres, dans le
sens d’un humanisme du Divers.
Ces deux mouvements ne sont pas contradictoires du moment que l’on
peut faire un travail de réeffectuation là où c’est nécessaire, et de
réactualisation pour impulser un vivre ensemble dans le terreau de
l’altérité qui caractérise le pays mauricien. La coolitude est animée,
selon ses nécessités, de ce double courant, en précisant que la
pétrification sur les “origines” peut créer des réfractions
préjudiciables à la mise en relation avec les altérités.
Mais, au pays, actuellement, le problème soulevé ne peut trouver un
processus de mise en relation libre, car le système des best losers,
ancré dans la constitution mauricienne, serait totalement bouleversé,
étant basé sur un calcul à teneur ethnique, sans lequel le partage du
pouvoir, un peu comme au Liban, ne pourrait trouver des “mesures” pour
doser la nation arc-en-ciel.
Bhunjun conclut donc : “On s’en rend compte… le monde politique n’a
pas intérêt à ce que nous soyons un jour tous créoles !”
L’affaire, encore une fois, trouverait ici une non issue fatidique si
le Premier Ministre lui-même n’avait pas, autour de ce même festival
renchéri dans les termes suivants : “Les politiciens nous empêchent de
devenir une nation”, comme le rapporte le Week End du dimanche 3
décembre : : “Nou partaz mem later, nou respir mem ler, nou fer fas
mem siklonn (…) mé nou réfiz vinn enn nasyon.(…) Mo pansé sé bann
politisyen ki fer sa. Parski sak foi ki éna éleksyon, ou trouv sa
anpiré. Apré sa sak foi ki ou rod fer enn nominasyon, ou pou trouv
bann dimounn pé vinn kontesté kifer ou finn pran tel kominité ouswa
tel kominité. Nou bizin aret sa mantalité la. Zamé nou pa pou vinn enn
nasyon sinon” .
Ces propos courageux proférés au Centre Vivekananda de Pailles le
samedi 2 décembre, dits par un politicien au plus haut niveau de
responsabilité, sont à marquer, dans ce contexte, d’une pierre blanche
à Maurice. En prônant une position aussi tranchée, Navin Ramgoolam
fustige le fait que nous ne devenions pas une nation, en une “avancée
à rebours”, et d’affirmer que la langue créole est notre ciment
national : “La lang kréol pa apartenir zis enn group. (…). Nou bizin
get séki rasanblé nou, inifié nou. E narien pa fer sa plis ki la lang
kréol. Li kitfoi la baz mem dé nou kiltir morisyen”.
Notons que pendant cette célébration de la langue et de la culture
créoles, Week End du 3/12 rappelle que Vimala Lutchmee, une
“enseignante du préscolaire d’État aurait été rappelée à l’ordre par
le PSTF”, suite à des plaintes de parents selon lesquels elle aurait
utilisé le créole comme médium d’enseignement, alors que, dans des cas
de réelle difficulté d’apprentissage, il est impératif de s’appuyer
sur la langue la mieux comprise par l’apprenant…
Une contradiction qui perdure. Et qui sera difficile à éliminer, tant
la part faite à cette langue est encore minoritaire dans certaines
sphères. Prise dans le grand chamboulement de la mondialisation,
- Hide quoted text -
couplée à l’étroitesse de l’espace créolophone dans un monde dominé
par la standardisation, cette langue devra être encore plus
inventive.
Que faire ? En d’autres temps, ce clin d’oeil humoristique au titre
d’un ouvrage de Lénine aurait indiqué : la révolution. Une révolution
des mentalités par la culture, l’éducation et la méritocratie. Une
révolution identitaire, qui nous permettra tous de ne plus craindre de
se dissoudre dans l’autre, de pouvoir articuler nos différences, sans
les abolir par un coup de baguette magique, par une réelle volonté de
constituer une nation, qui tout en étant plurielle, n’effacerait pas
ses singularités.
Quel créole ?
Pour conclure, je ferai référence à “Ki kréol nou pé kozé ?” de Shenaz
Patel, écrivaine, publié dans l’édition du Week End du 3/12. Je
partage son interrogation concernant la base de l’organisation de la
tenue de ce festival, organisé non pas par le Ministère des Arts et de
la Culture mais par celui du Tourisme. Paradoxe que souligne Patel car
les tenants du pouvoir mettent en exergue une volonté de penser/panser
l’identité en pratiquant un mea culpa maxima, alors que le tourisme
peut verser ” dans le sens de l’image projetée, pour ne pas dire du
penchant folklorique plutôt aguicheur, que dans celui de
l’approfondissement interne de sa vérité”. Juste observation !
Deuxième remarque frappée au coin du bon sens. À ce festival, “les
participants choisis sont presque exclusivement des créoles. Quel mal
y a-t-il à cela? Rien en soi. Si ce n’est que le créole à Maurice, et
en particulier la question de la langue créole, ne peut être
circonscrite aux personnes appartenant strictement à la communauté
ethnique créole, celle-ci étant prise dans le sens de descendants
d’esclaves africains”. Ce qui accrédite les propos de Glissant sur
l’aspect régressif de la créolité, à laquelle il préfère la
créolisation.
C’est aussi la raison pour laquelle, bien que j’ai dit dans un article
intitulé “Coolitude” que “la coolitude est à l’indianité ce que la
créolité est à la négritude” (3), pour indiquer le désir d’ouvrir
l’identité atavique à la réalité d’autres identités, mon propos et
mes développements initiaux comme ultérieurs portés sur la coolitude,
définit sans ambage une mise en relation des Indes (pays de la
mosaïque, de la diversité culturelle) avec les Afriques, les Europes,
les Amériques et l’espace arabo-musulman, avec un souci de
l’entre-deux, de l’imaginaire corallien, récemment débattu à
l’Université de Maurice, lors de mon séjour au pays. La coolitude est
la veine jugulaire de la créolisation. Elle remet en perspective une
tessère de la mosaïque qui ne saurait ne pas donner toute sa tonalité
pour enrichir le Divers.
Tout en espérant une égalité à tous les niveaux, et une reconnaissance
aux descendants d’esclaves d’Afrique, Patel salue l’actuel
gouvernement qui “a eu le mérite de lancer notre premier Festival
International Créole” et de rappeler, très adroitement, ce “vivre en
accorité” que j’ai inclus dans mon dictionnaire francophone de poche.
Lisons Patel :
“Il y a en créole un mot qui s’énonce ainsi: lakorité. Qui ne veut pas
tout à fait dire accord. Qui ne veut pas tout à fait dire unité. Mais
quelque chose entre les deux, au-delà des deux, (c’est moi qui attire
l’attention sur ces termes) cette subtile et forte adhésion et
solidarité qui s’expriment dans une sorte d’évidente simplicité.
Au-delà des revendications qui excluent sur la base de la spécificité,
il nous revient de savoir, à travers un Festival Créole, célébrer ce
que le créole, langue, individu ou culture, a su fédérer autour de lui
et créer à partir de là. Il nous revient de choisir de koz kréol
lakorité…”.
Espérons que cette complexité nécessaire, contenue dans l’image du
corail, le symbole de notre diversité culturelle et aussi de la
biodiversité du monde, mieux que l’illusoire arc-en-ciel, puisse lier
créolité, coolitude et créolisation dans un jeu infini de mise en
relations, basé sur le respect, l’égalité des imaginaires et le
tissage des beautés imprévisibles.
Khal Torabully 4/12/06
NOTES
(1) Dans le même numéro de Week-End, Kishore Taucoory, du groupe
Bhojpuri Boys soutient que “Ma musique est une musique des îles, parce
qu’elle est conçue ici. Je ne peux pas faire autrement, mo enn zilwa,
mo enn kreol”, donnant aux gamaat le rythme du séga. Tacooory précise
: “Mo Morisyen, mo pa sorti Bihar, mo pa Indien, mo lamizik bizin
reflet kouler Moris”.
(2) Cale d’étoiles–Coolitude, Azalées éditions, 1992.
(3) « Au terme de cet article, le lecteur aura compris que la
coolitude est l’alter ego indien de la créolité, que la coolitude est
à l’indianité ce que la créolité est à la négritude.
La Coolitude n’a rien d’un cri ethnique (16). Elle prolonge la
créolité en Inde insulaire.
Elle est acclimatation de la culture de l’Inde en terre plurielle.
Rencontre entre langue française, anglaise, hindi, bhojpuri, ourdou…
avec une poétique créole. Ce nouvel engagement est d’actualité non
seulement dans les îles, mais aussi dans les pays comme l’Afrique du
Sud ou le Kenya, où les indiens ont le devoir et l’urgence de se
re-définir dans une société multiculturelle ». « Coolitude ». Notre
Librairie (octobre 1996) : 59-71.
on 21 déc 2006 at 17:07 2.Lucas said …
Je reste perplexe devant ce (long) texte assurément copié/collé et sans explications…
Je n’en connais d’ailleurs pas l’auteur, j’ignore donc quelles sont ses idées, quels sont les buts qu’il poursuit…
Soit ! Ca tombe bien, ça nous permettra d’avoir un débat sans a priori, à condition qu’il vienne par la suite lire les éventuelles réaction à son commentaire.
Voilà pour le message personnel au lecteur.
Monsieur,
Je ne vois pas très bien le sens de vos nombreuses références à la coolitude ni même le rapport entre mon billet et votre développement sur l’identité créole.
A cela, et n’ayant aucune espèce de connaissance de la question créole en particulier, je ne répondrai qu’une chose : Fuyons le plus vite et le plus loin possible l’idée d’intellectualiser la question de l’identité.
A quoi bon d’ailleurs ? Qu’est-ce que c’est qu’être Créole, Français, Européen (comme je l’ai expliqué sur un autre blog) ou même Basque, Corse, Breton pour prendre les exemples hexagonaux… ?
La réponse est pour moi très simple : C’est se sentir, profondément, sois-même, de telle ou telle identité… Savoir au fond de sois et donc en toute honnêteté que l’on appartient à telle ou telle communauté.
A partir de là, l’appartenance est une construction et une réflection personnelle qui ne peut en aucun cas être imposée aux autres… de la même manière qu’une foi !
Et de la même manière que les religions, beaucoup veulent imposer aux autres leur point de vue, la manière dont ILS ressentent telle ou telle identité…
Il ne me viendrai jamais à l’idée de dire à quelqu’un qu’il est ou non Français (puisque je le suis moi-même). Je n’en aurait aucun droit, aucune légitimité. Et certains peuvent réfléchir tant qu’ils veulent, ils ne pourront pas établir une règle qui justifie que l’on décrète l’ivoirité ou la coolitude d’un individu…
Ce n’est pas l’identité qui conduit aux guerres, c’est de vouloir l’imposer (ou la refuser) aux autres.
on 21 déc 2006 at 17:11 3.Lucas said …
Après une très rapide recherche sur internet, voici un petit texte qui explique qui est Khal Torabully :
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/torabully.html
on 26 déc 2006 at 17:37 4.khal torabully said …
Monsieur,
Je reçois vos commentaires, qui expriment votre défiance devant l’identité, et surtout le fait de l’imposer aux autres, ce qui, est, une évidence. Il n’est pas si nécessaire d’énoncer cette vérité qui coule de source pour moi.
Cependant, il n’est pas question de dire que l’ivoirité et la coolitude sont équivalentes : la coolitude a dénoncé l’ivoirité dans Mes Afriques, mes ivoires, car toute identité imposée équivaut, dans la méthode, à la démocratie amenée dans des véhicules blindés pendant la guerre en Irak. Les conséquences sont désastreuses, comme vous le savez.
Je pense qu’il est important que vous puissiez dépasser ce refus de voir dans les débats d’idées ce qui peut justement en finir avec les “identités meurtrières” et les amalgames.
Les nuances sont là pour en souligner la compléxité.
Ce qui suppose un lent travail et une modestie vis-à-vis de nos propres perceptions.
Mais je note cela dans vos propos signalant que “vous n’avez aucune idée sur la question créole”, et par extension, par rapport à la coolitude et la créolisation.
Je pense que votre réaction du refus “d’intellectualiser” provient d’une définition restrictive du terme créole, qui, dans le “débat” autour de Confiant, pour vous, serait de l’ordre de l’enfermement identitaire. Pour moi, l’identité est surtout dans la mise en relation, et en cela, on est d’accord.
La coolitude ne se réfère pas à une communauté, votre définition ne correspond en aucune façon à mon travail.
En espérant que le fait d’intellectualiser un tant soit peu ne puisse en aucune façon nuire à votre désir de “partager”, ce qui me semble être votre souhait.
Bien cordialement,
Khal Torabully
on 07 jan 2007 at 15:04 5.Lucas said …
Monsieur,
Merci d’avoir pris le temps de me répondre.
La question que je me posais était celle du but, des objectifs. Pour quelle raison définissons-nous les identités ?
L’idée que l’identité soit un moyen de mettre en relation est une vérité qui coule de source à mon avis (pour reprendre vos mots).
Néanmoins, si je me méfie toujours à priori des théories sur l’identité, mon but n’était pas d’en faire le procès mais de soulever la question des buts que poursuit Raphaël Confiant.
Pour cela, j’ai analysé son texte et vu qu’il se servait des identités pour les opposer à l’Occident. Une sorte de grand rassemblement des opprimés…
A cela, je m’oppose, lassé d’être dans le camp des méchants dans l’esprit manichéen de ce genre d’individus…
on 09 mai 2007 at 15:49 6.Anonyme said …
10 mai 2006/2007 : un engagement pour les mémoires
« Aucune histoire de l’esclavage ne peut s’écrire sans tenir compte des mémoires différenciées de l’esclavage. C’est la reconnaissance de cette multiplicité des mémoires qui seule permettra d’aboutir à une mémoire partagée et de construire une histoire commune.
La mémoire de l’esclavage qui donne son titre au Comité serait alors la promesse de cette mémoire partagée, elle-même autorisant ce que le philosophe Paul Ricœur appelle un récit partagé ». (1)
Un an déjà que nous célébrons la journée de la mémoire en France, instituée par le président Jacques Chirac, qui a fait du 10 mai une journée officielle « des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », date, qui, au dire de certains, pourrait migrer avec les événements politiques actuels…
Mon but ici est de rappeler la symbolique de cette journée et de mettre en perspective sa prégnance dans une île Maurice, et dans un espace universel, qui conjuguera de plus belle, sans aucun doute, à moins d’un revirement majeur de l’Unesco pour le classement du Morne au Patrimoine Mondial, deux mémoires : celle de l’engagisme et celle de l’esclavage.
Je me permets de rappeler un article publié dans Africultures (n° 67) en 2006 et de le réactualiser au vu des relations entre les mémoires que Maurice pourra établir, et aussi et surtout, pour annoncer un travail de mémoire dans le cadre de « Partage de mémoires », une série d’événements qui aura lieu à Maurice, afin que notre île devienne un haut-lieu non pas de la concurrence victimaire mais d’un nécessaire dialogue entre les mémoires et histoires de l’engagisme et de l’esclavage (2)
En effet, une fois le site du Morne sera classé, quelle symbolique allons-nous forger et quelle mise en récits allons-nous établir avec l’ex-coolie ghat, sur un sol aussi exigu, et qui a, plus que jamais, besoin de rompre les tentatives de replis identitaires et ethniques ? Quel contenu pour le pays et l’Histoire ? Allons-nous, encore une fois, nous lancer dans des compétitions entre groupes qui voudraient refonder des clivages au nom même de symboles qui devraient favoriser l’émergence d’une humanité plus forte, plus sereine face aux souffrances passées et actuelles ? Il nous importe de mettre en branle une démarche citoyenne et culturelle qui donnera un contenu digne à ces deux sites qui seront réunis sur un sol qui fut la plaque tournante de l’engagisme et où l’esclavage a été pratiqué depuis fort longtemps.
Ce sens de l’Histoire que, recemment, The Hindu vient de mettre en perspective en ces termes :
« Obumbrated memories of the `coolie’ system need to be lightened up, however. Says scholar Dr. Marina Carter, author of several acclaimed books on Indian emigration, “It is important for Indians and the descendants of Indian labourers to not make the mistake of freezing the life histories of indentured migrants into perpetual victimhood, but to recognise that the colonial labour diaspora is also a story of remarkable human endeavour — thousands of individuals fleeing famine, social upheaval and economic turmoil transformed their situation into stories of successful adaptation, community development and upward mobility.”
As a metaphorical expression, `coolitude’ serves this rationale brilliantly. Coined by Mauritian poet Khal Torabully, coolitude is the volte face of what was merely a pejorative term into an intricate but egalitarian neologism which he illustrates so: “It recaptures the juridical status and displacement/travel of the coolie, to describe a process of the meeting of cultures, languages, imaginaries, in view of underlining a process whereby the mosaic of India (Indies) with its cultural diversity is engaged with otherness/alterity.” (3).
Pour contribuer à cette réflexion, et amorcer « Partage de mémoires », je livre au lecteur des extraits de la fin de l‘article cité plus tôt.
(…) COOLIE ET ESCLAVE : QUELLE RELATION ENTRE DESCENDANTS DE L’IGNOMINIE ?
(…) Il ne s’agit pas ici de différences à ériger dans les typologies de l’esclavage ou d’une mathématique de la douleur à établir à tout prix dans la mise en relation de l’esclavage et l’engagisme. Il s’agit pour moi, dans la continuité d’une réflexion commencée en 1990, de rendre signifiante cette mémoire encore en souffrance, d’inviter à cette conjonction du fait coolie et esclave, car elle continue à influencer la configuration démographique actuelle de beaucoup de pays du monde contemporain. Et il est important de ne pas la gommer, surtout au moment où une commémoration commune peut rétablir plus de dignité entre ces descendants des victimes ayant subi un déni profond de leurs humanités. En effet, de l’Océan Indien à l’Atlantique, il est urgent de tenir compte de ce récit à partager entre deux composantes d’une terrible page de l’histoire.
Pour de nombreuses personnes et pour ma part, il est temps de sortir de cette concurrence des mémoires entre victimes brassées à divers degrés dans des idéologies marchandes perverses. Et de s’engager dans une complémentarité du travail des mémoires. Je prône cette voie depuis 1992 (4). Coolie et esclave ont tous deux subi les traumatismes d’une des pages les plus sombres de l’Histoire. Et il est impératif que l’on puisse comprendre aujourd’hui que ce qui nous grandira tous, c’est une mise en relation avec nos archives et nos Histoires. Il y a deux ans, j’avais déjà souhaité qu’à Maurice, le 2 novembre, la date choisie pour commémorer l’esclavage fut commune pour célébrer la fin de l’engagement. Mais ce fut une occasion ratée. (…)
Je souhaite qu’un rapprochement des mémoires soit opérée à cette occasion, car je tiens à rappeler que celui/celle qui remplaçait l’esclave n’avait pas de traitement de faveur : il/elle était violenté(e), coupé(e) de sa culture, de l’amour, de ses mythes, de ses croyances, de son dieu etc. Pour ces descendants d’Indiens, il s’est développé une sorte de mutisme, d’amnésie pour ne pas dire ce voyage océanique négrier que le coolie partage avec l’esclave.
RELIRE RICŒUR POUR RELIER LES MEMOIRES
Ici, dans l’ancrage historique de la coolitude, dans cet indicible entre protagonistes de sociétés qui ont été caractérisées par le système d’exploitations et de dégradation des humains, il y a un dire à mettre en lumière. Des mémoires à mettre en relation. Oui, un récit à partager… Lisons Ricœur, puisqu’il est une référence que nous partageons pleinement : « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire d’ici, et le trop d’oublis d’ailleurs (…) L’idée d’une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués ». (5). Exercice salutaire, s’il en est (6) !
Ricœur définit la mémoire comme le présent du passé, qu’il faut approprier davantage par un travail commun que par un devoir, car ce dernier peut aussi « oublier » ses engagements envers d’autres mémoires. L’idée, ici, est encore celle de la mise en relation dans une ” poétique du récit “, travaillant, si j’ose dire, la mise en relation par une mise en intrigues : celle des temps refigurés, racontés, médiatisés, celle des événements dérangés, arrangés, hiérarchisés, celle de la reliure des récits des mémoires en replis ou en détours, l’intrigue articulant événement et histoire dans un récit engageant des mémoires à partager. En vue d’élaborer ce vivre-ensemble constitué du partage des histoires diverses et différées. Ce travail nécessite un partage autant avec les vérités qu’avec les silences et zones d’ombres, et souligne la nécessité d’éloigner l’oubli, souvent synonyme d’une perte de mémoire, qui est aussi une façon d’enterrer les traumatismes sans accomplir ce travail de deuil nécessaire dans le partage des histoires blessées. Saisissons-nous de l’occasion, ici et au 10 mai, de reconnaître l’impossible reconstitution in fine de nos horreurs, qui sont hors langage, et de nous éloigner du sens d’une histoire finie. Restituons le désir d’une histoire au bout de laquelle le citoyen parviendra à « une synthèse de l’hétérogène », chère au philosophe. Et cette synthèse complexe passe par une prise en compte d’autres événements dramatiques, tissée par «l’événement-mis-en intrigue », dans ces dires à articuler (7), par l’appropriation des mémoires, accoucheuses de l’histoire.
Certes, l’intrigue ici, dans cette histoire-récit à écrire, est à peu près du même ordre qu’un aller-retour entre deux océans, l’Océan Indien et l’Atlantique, perçue comme un dialogue entre deux personnages longtemps coupés de leurs points de rencontres, des souvenirs, des archives, des références, des oubliettes, qu’il s’agit de mettre en intrigues, pour faire émerger une narration longtemps demeurée dans les brumes des voyages et enracinements troubles.
Afin que ne perdure une concurrence des souffrances, contenues en cris et silences, mises en place par un système inique, qui a déplacé des populations entières pour le sucre, le coton, le café, le guano, l’or, le caoutchouc, les docks ou les chemins de fer.
Khal Torabully
Le 18/4/06
NOTES :
(1) COMITÉ POUR LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE, Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Synthèse du rapport remis à Monsieur le Premier ministre le 12 avril 2005, France.
(2) Nous travaillons, en effet, sur un événement annuel qui se tiendra au pays, intitulé Partage de mémoires, sous le patronage de l’Unesco, afin d’impulser cette dynamique nécessaire, résultant du classement de l‘Aapravasi ghat et du très probable classement du Morne par cet organisme.
(3) « A necessary exile », de Ramya Sivaraj, dans The Hindu, 29/04/2007, le plus important quotidien indien, relatant l’engagisme et la coolitude comme ouverture souhaitable sur l’Histoire de cette période.
(4) Khal Torabully, Cale d’étoiles-Coolitude, Azalées éditions, La Réunion, 1992. Coolitude, Anthem University Press, Londres 2002, co-écrit avec Marina Carter. Voir aussi Chair corail, fragments coolies, (préface de Raphaël Confiant) éditions Ibis Rouge, Guadeloupe, 1999. A paraître : Log-book of coolitude.
(5) Paul Ricœur, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, Seuil, 2000, p. 1.
(6) La philosophe Tanella Boni écrit aussi « que chaque humain est la source du temps », in Lettres aux générations futures, éd. Unesco, Coll. Cultures de paix, Paris, 1999. C’est le sens des réflexions de François de Bernard, qui développe la nécessité « du passage du pluralisme historique à la pluralité des points de vue historiques ». Pour l’auteur, « l’histoire se définit comme une mise en scène de l’autre, comme une rencontre de l’altérité et du divers à travers l’espace et le temps. L’histoire comme l’anthropologie sont des sciences de l’altérité, et donc du raisonnement, car de l’interprétation. Elle relèvent en ce sens, d’une démarche éthique », in Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle, Commentaires et propositions, Série Diversité Culturelle N° 2, p. 14. Consultable en ligne :
http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001323/132328f.pdf
(7) Paul Ricœur, Temps et Récit, tome 1, Seuil, p. 289.