Eléments de réflexion Lucas on 21 juil 2007 01:20 am
Folle démocratie
Démocratie, régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même.
Pour citer Winston Churchill : « La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres »
Je n’en ferai donc pas le procès, et plutôt que de la prendre comme une, entière et indivisible (par opposition aux autres), je veux ici mettre en lumière une de ses dérives.
En effet, à l’aube de celle-ci, les dangers de la démagogie se faisaient déjà sentir, Socrate les pensait, Platon les écrivait…
Aujourd’hui, la démagogie a pris un nouveau tournant, plus que satisfaire les masses en les brossant dans le sens du poil, on leur lie les mains avec leurs propres cordes et leur fait penser ce qu’on veut.
J’accuse aujourd’hui et sans détours : Les sondages.
C’est une tendance que je sens depuis un moment, que je croyais ancienne, il semblerait que non… Le sondage est devenu l’arme ultime contre le débat, celle qui anéantie l’échange d’idées, qui annihile le sens du vote dans l’exercice démocratique.
Pas besoin d’interroger les historiens, piochons dans l’actualité récente (plus ou moins selon la date à laquelle vous lisez ceci) pour illustrer mon propos.
Le 20 juillet, l’institut de sondage CSA délivrait au journal le Parisien des chiffres éloquents, 70% des Français seraient favorables à un service minimum dans les transports et à peu près autant dans d’autres services comme l’éducation nationale.
Pour le premier, il est vrai que c’est une idée exposée de longue date dans les médias par le président de la république, les Français y ont apportés leur soutiens.
Pour ce qui est du service minimum dans l’éducation nationale, ma première critique, évidente, est cet étonnement de voir consécutivement posées ces deux questions à “un échantillon représentatif de 953 personnes”, la réponse à la première poussant à répondre de la même manière à la seconde. Un procédé malhonnête donc (qui mériterait d’être vérifié en consultant les conditions dans lesquelles ce sondage a été réalisé) et simple, d’autant plus qu’il pousse les gens qui n’ont pas forcément d’avis à dire “oui”…
Mais tout ceci est très classique, ce qui me gène plus, c’est que par ce procédé, et avant même que la question ne se pose dans le débat public, on impose de fait une réponse, à valeur démocratique, avec une légitimité à la hauteur de la proportion de sondés favorables à cette proposition. Ajoutons à cela le fait qu’il existe chez l’être humain un réflexe naturel à se ranger du côté de la majorité (”L’important n’est pas d’être le meilleur mais d’être le numéro un” dit-on en cours de marketing), et voilà comment on obtient un soutiens populaire à une question qui ne se posait même pas.
L’exemple ne vous convainc pas ? Souvenez-vous du débat sur l’identité nationale au cours de la campagne présidentielle, en quelques jours, le débat s’éteignait,
poussé dehors par un sondage qui affirmait que 55% des Français y étaient favorables.
Le Français moyen se devait donc d’être un spécialiste de la question puisqu’en matière de débat, il n’avait eu qu’environ une semaine, ponctuée par la proposition de Nicolas Sarkozy, les réactions de ses adversaires (dont madame Royal qui avait traité cette idée d’ignoble) et la réponse du favoris à la course sur Canal + le 11 mars :
« Mais qu’est-ce que c’est la France ? Et qu’est-ce que c’est d’être Français ? Il y a une identité nationale qui n’est pas réductible à une ethnie. C’est choquant ?
Je dis que les immigrés qui vont nous rejoindre doivent adhérer à cette identité nationale. C’est choquant ?
Et Mme Royal, qui est quelqu’un que je croyais raisonnable, dont je ne partage pas les idées vient dire ignoble… Mais vous vous rendez compte, ce que ça peut avoir d’insultant ? Pas pour moi mais pour les millions de gens qui partagent mon point de vue, et qui se demandent si la France ça veut dire encore quelque chose ? On a le droit d’aimer la France, on a le droit de la respecter. Et de vouloir qu’on l’aime et la respecte ? »
Réalisé les 13 et 14 mars, ce sondage (qui reprend même la vidéo de l’intervention de Monsieur Sarkozy) a eu pour effet de stopper le débat, ralliant même à sa cause Ségolène Royal qui a dans les jours suivant proposé de chanter la marseillaise et de disposer d’un drapeau français chez soi.
Circonstance aggravante, dans ce même sondage, lorsqu’on demande au panel quels sont les éléments marquants de la semaine, arrivent en tête la montée de Monsieur Bayrou dans les sondages suivi de près par la non-candidature de Jacques Chirac à sa propre succession (29 et 21 %) puis la question de l’identité nationale (11%).
On a donc posé une question orientée à des gens non-spécialisés, non-instruits par le débat et même peu intéressés par la questions (qu’ils ne se seront donc logiquement pas posé avant le jour J et à laquelle ils n’auront pas pu donner de réponse construite).
Pour ces raisons, je veux tirer une (petite) sonnette d’alarme face à ce nouvel abus de sondage, porte ouverte à la manipulation.
Je précise que mon but n’est pas d’accuser le Président de la République, ou de lui prêter des intentions machiavéliques concernant cette affaire. Je tiens juste à rappeler une évidence.
Et pour finir comme on a commencé, Winston, mon petit chéri, tu auras le mot de la fin :
The best argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter (« La meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen »).
on 28 juil 2007 at 23:55 1.Me Myself n I said …
et si l’electeur moyen c’etait nous. pour l’instant j’en doute mais oui… bien entendu que l’on et facillement manipulable par les sondages, et qu’il est plus facile d’adherer à une mouvance majoritaire que de s’y opposer…
on 29 juil 2007 at 09:11 2.Lucas said …
L’électeur moyen n’existe pas en tant que tel, nous sommes tous des électeurs et nos avis combinés font celui de l’électeur moyen. C’est donc en nous élevant, en réfléchissant, même individuellement et sans forcément en parler à tout le monde que nous élevons de fait le niveau de l’électeur moyen.
Si les sondages ne sont que le reflet de ce qu’on pense, c’est à nous d’élever notre pensée, même si on croit que c’est inutile. Aucun d’entre nous n’est unique, donc si l’un d’entre nous réfléchi alors un autre le fera aussi et puis un autre jusqu’à ce que la bêtise perde 1% puis 2 puis 3…
Rangez les mouchoirs et sortez les violons… Mais bon, j’y crois moi.
En tous cas, merci pour ton petit mot Kensh’, ça fait plaisir.
on 31 juil 2007 at 02:27 3.ziggypop said …
bon, bah voilà… commentaire laissé… hihih!!
biz d’une vieille torchée…
;)
on 07 août 2007 at 07:03 4.EdOo said …
Mais qui te dis que le français “moyen” suis ce que le sondages lui disent…
Je prendre MOI comme exemple, non par narcissisme mais parce que je me connais bien… Je regarde les sondages, je m’en amuse mais en aucun cas ils me poussent dans tel ou tel vote…!
Les sondages ne servent à rien si ce n’est donner un petite idée de ce qu’il pourrait se passer dans futur plus ou moins proche dans une configuration spatio-temporelle identique à l’instant T où la(es) question est posée…!
Allez A+ et embrasse Ton pote manuel!
on 07 août 2007 at 09:29 5.Lucas said …
Je pense sincèrement que notre pensée est influencée par ces sondages “Si plein de gens pensent ça alors je vais m’y intéresser”…
C’est même la définition de la démocratie, si beaucoup de gens le pense, alors c’est la vérité…
Ouais, c’est avec des réflexions comme ça qu’on fait Dieu et une Terre plate…
on 11 jan 2008 at 21:16 6.Guy said …
De sui est cette photo de Churchill ? Je jurerais qu’elle a été recadrée parce qu’on ne voit plus son célèbre cigare.
on 28 août 2008 at 21:38 7.Tramadol. said …
Tramadol….
Tramadol….